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Cauchemar au chocolat ?

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« Pendant longtemps, la décadence de l’Occident resta masquée aux yeux de l’opinion publique par le rideau de fumée du discours politique optimiste répandu par la télévision dans 99,9 % des foyers.
Les exploits technologiques accomplis par les États-Unis donnaient l’illusion d’un gain de temps et d’espace, d’un progrès. De fragiles gadgets suffisaient à combler les rêves du plus grand nombre.

« Au début du XXIe siècle, néanmoins, le voile ultra-résistant de la propagande commença à se déchirer. Il n’est jusqu’au plus abruti des cinéphiles, prostré dans l’obscurité et le vacarme d’une salle de cinéma, qui ne pouvait sentir l’odeur de la gangrène. C’était comme si les premiers attentats perpétrés par Ben Laden à New York avaient entamé l’inoxydable arrogance du monde occidental. On mentait encore, certes, mais c’était plus par habitude qu’autre chose, désormais.

« Le cœur n’y était plus, la retraite approchait pour les collaborateurs du régime. Ils semblaient fatigués de leurs propres contorsions intellectuelles pour démontrer la mort de Dieu, l’innocuité de la démocratie, pour essayer de justifier l’art contemporain, bref, tout le cinoche. Ils aspiraient sans doute désormais à se consacrer entièrement à leurs collections de timbres-poste.

« En prenant un peu de recul sur le territoire des beaux-arts sinistré, aux mains des iconoclastes, on ne pouvait s’empêcher de penser à la formule de Spengler selon laquelle la décadence intervient lorsque l’âme d’une civilisation est arrivée au bout de ses possibilités. Dans le domaine précis de la littérature, on était allé jusqu’à intenter des procès d’intention à des cadavres. L’emprisonnement d’un écrivain, méthode maladroite, avait été remplacé par l’autocensure, qui ne risquait pas d’émouvoir des consciences atrophiées.
À la vie intellectuelle libre des siècles passés, les éditeurs avaient substitué ce qu’on appelait la “rentrée littéraire”, une fois par an d’abord, puis tous les trimestres.

« Ces rentrées littéraires sont quelque chose d’assez difficile à imaginer… Il faut se représenter les écrivains en écoliers soucieux avant tout de plaire à leurs maîtres, débordant d’enthousiasme servile.
Seule la mémoire astronomique des ordinateurs a conservé en mémoire cette litanie de pseudos interminable : Adrien Zeller, Lola Pile, Yannick Moix, Zoé Delaume, Patrice Poivre-d’Armor, Marie Nothombe, Eric Beigebédé, etc., etc., ces promos entières d’écrivains qui rendaient poliment leurs copies à l’heure en s’efforçant de ne pas être hors sujet avaient déjà sombré dans l’oubli moins de dix ans après.
Qui voudrait aujourd’hui enquêter sur ce phénomène ne retrouverait que des premiers prix de fayotage, une génération de faiseurs s’improvisant écrivains à la sortie de "Sciences-po". ou de "Sup de co.-Lyon". Tout ça pour le confort de voir leurs noms écrits noir sur blanc dans la case “bénéficiaire” d’un premier chèque d’avance… puis d’un deuxième, jusqu’à faire de ces devoirs de vacances une vraie profession ouvrant droit à une retraite républicaine. Si on a retenu le seul nom de Michel Houellebecq, c’est juste parce qu’il était cet élève qui, du fond de la classe, jetait des boulettes sur le prof. Et les filles applaudissaient devant tant de mâle audace. Après il fut viré de l’école.

« On aurait sûrement stupéfait Yannick Moix, pour prendre un nom dans cette liste au hasard, si on avait voulu lui retirer le droit d’étaler complaisamment ses petites blessures narcissiques, de jeter ses parents en pâture au public ou je ne sais quelle autre obscénité, si on lui avait dit que n’ayant pas le tiers du quart du talent de Céline ni même de Rousseau, il était préférable qu’il s’épanche en privé… Mais la photo dudit Moix, que je viens de retrouver grâce à un moteur de recherche, m’incite tout à coup à être indulgent avec ce pauvre type au physique simiesque. Le moins qu’on puisse dire c’est qu’il n’a pas été gâté par la nature. Il arrive qu’un enfant ne pardonne jamais à ses parents de l’avoir fait aussi laid et qu’il n’ait de cesse de se venger de cette infortune en… »


Là-dessus je me réveille en sursaut, soudain, en plein milieu de la nuit dernière, complètement hirsute. Qu’est-ce qui m’arrive, moi qui dors si bien d’habitude !?
En cherchant à s’enrouler autour de mon cou, mon bras heurte le Siècle de 1914. J’ai dû m’endormir dessus. Ça doit être Venner qui m’a réveillé. C’est toujours mieux que de dormir seul. Ah, cette bouteille dorée retrouvée dans une des poubelles de mon immeuble n’est peut-être pas non plus complètement étrangère à ce cauchemar. Intrigué par cette flasque encore vierge, je l’avais remontée dans ma cuisine. J’avais dû casser le goulot pour pouvoir l’ouvrir, probable que c’est pour ça qu’on l’avait jetée. C’est une sorte de liqueur brune au chocolat. C’est suisse, un peu bizarre. Est-ce que c’est ça qu’on appelle “kaluah” ?

Commentaires

  • c'est...c'est...les mots m'échappent .Mais bon je vais dire : génial ! Ben oui , rien d'autre ne me viens .
    Bonne nuit ...

  • Roland, c'est vrai c'est assez bon, mais je vous en prie n'en rajoutez pas vous allez me le pourrir !
    Et puis je l'ai vu la première.

  • T'inquiète Suzette, contrairement à certains je suis parfaitement conscient de mes limites.

  • Si si tu sais c'est bath ! La fin est un peu hard quand même ... mon rimmel a coulé, c'est te dire !

  • Oui Lapin, un occident décadent et qui vit dans la peur, dont j'ignore encore la source

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